Ghospoet – Some Say I So I Say Light

Ghospoet – Some Say I So I Say Light

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L’univers hip-hop/électro sciemment fantomatique et même plutôt glauque distillé par Ghostpoet déstabilise. Tant est si bien que cette chronique a mis un peu de temps à germer, au point d’arriver près d’un mois après la sortie de son second album, Some Say I So I Say Light. Après une multitude d’écoutes, les doutes persistent, face à cet étalage de sonorités aux pulsations grinçantes. Pourtant, rien que pour cette irrépressible sensation d’attraction/répulsion qu’il suscite, Ghospoet se classe dans la lignée des artistes dont la musique complexe mérite d’être explorer.

De son vrai nom Obaro Ejimiwe, ce franc-tireur anglais dit souvent regretter d’avoir choisi ce nom de scène, devenu une véritable obsession pour les journalistes, qui ne cessent de lui demander de le justifier. En revanche, ce que Ghospoet regrette moins, c’est la confiance que lui a accordé Gilles Peterson, en 2010, en le signant sur son label Brownswood. Lui… un obscur accroc de la rime, sorti quasiment de nulle part. Un seul EP figurait alors dans son catalogue. Son premier album studio, Peanut Butter Blues & Melancholy Jam (2011), lui a assurément permis de se forger une réputation suffisamment solide pour apparaître comme l’un des talentueux nouveau-nés de la musique anglo-saxonne. Celle qui aime et s’amuse du mélange des genres, même chaotique.

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Atmosphères sombres, parfois faussement capiteuses ou simplement légèrement soporifiques, Some Say I So I Say Light dévoile une tracklist aux allures de (mauvais) rêves éveillés. Que l’on soit client ou non de ce genre de musicalité, il faut reconnaître que Ghospoet sait dans quel recoin du terrier il veut nous emmener. Avec une structure volontairement très minimaliste, le premier titre Cold Win s’applique d’emblée à démontrer la faculté vocale du MC qui, par un gros travail de maîtrise de l’art de la narration, parvient à littéralement captiver. La mélodie envoûtante et quasi-hallucinogène de la deuxième piste, Them Waters, ne dénote pas. Mais malgré le côté « bad-trip » que suggère le morceau, Ghospoet parvient à lui insuffler une sorte de beauté indescriptible : comme un mauvais retour d’acide qui, curieusement, vaudrait presque la peine d’être vécu…

La tournure moins tragique de Plastic Bag Brain est assurée par une cadence de batterie, bien servie par Tony Allen, plus enjouée. Sans pour autant inspirer l’extrême joie de vivre, le titre contient un léger panache porté également par une guitare, maîtrisée par Dave Okumu, aux allures de quasi-farandole. Mais très vite, l’appel à la méditation reprend le dessus. Notamment, sur Thymethymethyme, Meltdown ou Sloth Trot. Attention : un morceau comme Thymethymethyme est aussi long et indigeste que le suggère son nom. Mais,  mêlée à bien des parasites électroniques et à une multitude de beats volontairement crispants, il y a la voix grave et puissante de Ghospoet. Celle-ci tombe juste et pourrait presque laisser croire qu’Iggy Pop serait reconverti au spoken word. Cette voix, il s’en sert habilement sur ce très beau titre, Dorsal Morsel (avec Gwilym Gold au chant). Il s’entoure également d’invités qui viennent contrebalancer son flow souvent trop hypnotique, à l’image de Lucy Rose, sur Dial Tones, dont la douce voix s’entremêle à un beat rappelant les battements d’un cœur au repos.

Tantôt minimaliste et tantôt brouillonnante… et surprenante, la musique tortueuse de Ghospoet parle donc bien d’avantage aux mystères du subconscient. Some Say I So I Say Light est un album solide, conçu pour les amateurs d’un son certes peu explosif, mais pourtant très expressif. Un son surtout tout sauf formaté. Des sonorités bien plus dubstep-garage que véritablement hip-hop, sur lesquels se pose un ténébreux spoken word des plus singuliers. Un disque à la fois anxiogène et relaxant, étouffant et oxygéné. Bref, une couleur musicale “clair-obscur” finalement plutôt lumineuse.

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