Timber Timbre – Creep on Creepin on

 

Certains clament encore, haut et fort : « Elvis n’est pas mort ! Il est sur une île déserte ». Cette fameuse île, celle où il y a toutes les personnalités mythiques soi-disant assassinées, mortes par accident, les Kennedy, Monroe et même peut-être Mickaël maintenant… C’est bien connu les mythes ne meurent jamais. Toutes manières, ils font tellement de petits. Et c’est ainsi qu’on retrouve un peu de la voix d’Elvis dans celle de Taylor Kirk aka Timber Timbre, comme une douce réminiscence. Creep on Creepin on est le quatrième opus du canadien. S’il reste dans la même lignée que le précédent (Timber Timbre), Kirk réussit le tour de force d’éviter la redite, en agrémentant son blues rock caractéristiques, de sonorités électro, vintage, psyché, et d’un joli brin de lyrisme (piano entêtant, cordes qui vibrent incessamment dans l’air). L’album, moins mélancolique que le précédent, fait ainsi la part belle a une sauvagerie infinie.

Creep On, Creepin On sonne comme la proposition indécente et prometteuse, d’une voix terriblement séduisante à se lover contre toi, dans un murmure incessant. Attention ! Cette voix, douce, chaude, envoûtante peut provoquer la pâmoison de n’importe quelle trentenaire normalement constituée. On comprend quel maléfice opérait sur ces femmes qui, dans les années 50 et 60, succombaient à l’envoutement des crooners à l’Américaine ou du King. On en connaît qui se sont fait brûler pour moins que ça ! Et la sorcellerie opère dès le premier morceau, Bad Ritual.  Kirk joue de la réverb’ et des effets tout le long de l’album, avec intelligence, sans jamais tomber dans l’excès.

Creep on, Creepin on est un disque d’images et d’évocation, un disque cinématographique, à l’instar de ces plages atmosphériques qui flirtent entre l’angoisse et le mystère, à la manière d’un Kronos Quartet (Obelisk, Souvenirs, Swamp Magic). Ces morceaux atypiques dans l’univers de Timber Timbre sont comme des respirations qui cassent la monotonie, sans créer aucune incohérence.

L’album évoque le vent qui soulève la poussière du sol, la boule buissonneuse qui roule et les éperons qui claquent le sol… Le Far West, en bref.  Le cowboy Kirk déroule ses complaintes sombres, accompagné d’un piano de saloon et d’une basse profonde (Creep on, Creepin On, Black Water). Longue, mince,  une femme passe, ses cheveux et son corps ondulants sous le doux balancé de ses pas. Non sans rappeler les Doors, Woman déballe son univers whisky, LSD, un univers pour le moins fantasmagorique qui sent la luxure à plein nez, comme la danse aguichante d’une femme serpentine Too Young Too old Die apparaît comme une angoisse soudaine par l’urgence de la contrebasse, les riffs de guitare acérés et le tambourin qui tinte comme la sonnette du crotale. La fièvre cède enfin à l’ouverture des portes de l’Eden, laissant entendre ce chœur  féminin pas très catholique. Et Taylor Kirk, lui-même, supplie pour que le sortilège soit rompu (Lonesome hunter). Fatigué et impuissant, il se rend sur  Do I have Power, morceau folk blues sinueux. Cédons ! cédons deux fois au charme et entrons dans la danse sensuelle et sombre, jamais macabre, de Timber Timbre.

 

 

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