L’interview de HANGAR

HANGAR joue sur la grande scène, un teaser de « en vie » en guise de balance. Il est 14h30.
C’est dimanche à Garorock, forcément on a déjà été plus en formes. Le soleil de la veille, le froid d’aujourd’hui, deux nuits dégueulasses dans des tentes quechua (ouais, la deux secondes pour la sortir, deux heures pour la replier) et un espace VIP genre version éthylique du jardin d’Eden. Un coq traîne dans le coin.
Mais les ferret capiens d’Hangar ne sont là qu’en promenade dominicale, ils ont les cheveux propres et ils sont, indéniablement, en pleine forme.

J’aime quand tu aimes en majuscules, tous tes mots d’amour en minuscule…  première chanson, et c’est là qu’on s’aperçoit que personne ne sait pourquoi mais tout le monde connait les paroles.

Jusqu’au bout, les six garçons de HANGAR ne se laissent en rien démotiver par nos allures de festivaliers agonisants, regards blasés, le genou qui se balance gentiment, et s’accrochent à la foule plutôt hétérogène de fans assumés des premiers rangs. Ca crie sur « Antonin », morceau poliment ambigu, jt’ai jamais dit t’es belle jt’ai jamais dit je t’aime… putain c’est que ça s’accroche en plus.
Et mon cerveau semble s’éveiller sur « En vie » (j’ai tellement envie de te faire l’amour au rythme des tambours… ?) et d’ici la fin du dernier morceau « Le roi de la reine » je crois que, plus personne finalement, n’a envie de s’endormir sur un banc en attendant le retour du soleil. Peut-être est-il en fait, déjà revenu.
Hangar, donc.

Direction l’espace presse avant même l’arrivée du teen lover Julian Perretta (“from London, UK and yes I love you too baby”).
Ils sont deux, puis quatre ou cinq, on parle du Garo et du rock, et des deux en même temps ; « Etre rock c’est un état d’esprit, c’est être fils de son temps, transcender son époque ; être là et sentir l’énergie des gens. Etre rock c’est pas jouer comme dans les années 60s comme des bourrins, c’est au delà de la musique. Le rock c’est un état d’esprit et ici à Garorock, il est bien représenté. On joue dans des espèces de Hangar, les gens ont de l’énergie, tu prends une décharge. On était venus y a deux ans, on avait ouvert le vendredi à 17h devant soixante personnes sur une autre scène, pas sur la grande comme aujourd’hui et on n’était pas connus, on était super contents d’être là. Garorock porte bien son nom. »

Deuxième garorock, première grande scène, Hangar a fait un bout de chemin en pomme de pins depuis deux ans. L’époque où ils jouaient « le jardinier sexuel » et « tu es le diable » sur le trottoir de mon lycée est déjà loin. Qu’est-il arrivé à ces chansons ? « Le jardinier on la garde pour le live, il faut le faire bander, il faut le faire venir. Si tu l’appelles pas, il vient pas tu vois, c’est pas livré avec le coffret Hangar. Peut être qu’un jour on l’enregistrera. Ca me touche que t’en parles. « Tu es le diable », peut-être aussi, bientôt ! » T’inquiètes moi aussi, ça me touche mec.

En fouillant cette merveille qu’est Youtube, j’ai retrouvé cette fameuse “tu es le diable” à Barbey, Bordeaux.

En attendant donc le retour du jardinier sexuel du cap ferret, le tube de Hangar « Version Originale » vous l’avez entendu encore
et encore, partout, tout le temps.
« Avec Romain [le guitariste] on était dans un train, on faisait Paris-Bordeaux, on était partis en quête de concert et on était revenus bredouille. On voulait conquérir Paris, on avait déjà conquis Bordeaux gentiment. On arrivait là bas avec des maquettes, ca servait à rien on nous envoyait chier. On a pris le train à 8h après une grosse soirée, on ne s’était pas couchés et entre deux wagons on jouait et la mélodie est  venue. Là y a un renoi qu’arrive, un guinéen qui vient d’un village qui s’appelle Boké – on l’appelle comme ça parce qu’on a oublié son prénom. Il arrive, stone le gars il nous dit « ouais c’est bien ce que vous faites. » On a commencé à jouer, on s’est mis à fumer dans le train, et puis là il a parlé des Pink Floyd, du film The Wall. Moi je l’avais pas vu, Romain l’avait vu mais il lui dit qu’il n’a pas tout compris genre il n’avait pas trop cerné toutes les nuances, et le mec lui répond il faut fumer et ce qu’il faut, et puis il faut le voir en ‘version originale’. On avait la mélodie, la notion de version originale ; ça m’a plus, l’histoire, la rencontre et on a romancé un truc après. »

Aucun rapport.

« Ah ben non aucun rapport, c’est ca la musique. Y’a aucun rapport en musique, y a des mecs qui font des rapports mais c’est pas moi. Les batteurs ok ils font des rapports moi je fais pas de rapport. Juste le port [/porc, comme vous voulez] peut-être. »

Dans ma grande bonté, je n’ai pas demandé d’où leur venait leur nom – aussi un peu parce qu’on s’en fout. Mais je vais vous le dire quand même ; Hangar enregistre dans un hangar, OK ? Mais je n’ai pas pu les empêcher d’en parler : « On vit dans ce hangar, on a grandi là, et on a enregistré notre album dans ce  hangar. Il est en bois, il est fait avec des pins des landes, récupérées de vieilles charpentes du 18e. Ca a vécu, y a l’esprit du bois, c’est vraiment un truc particulier. Et c’est un peu comme ici, le toit au-dessus de la grande scène, c’est un peu un hangar tout ça, on a l’impression d’être dans une chapelle, y a un truc un peu religieux j’aime bien. »

Et forcément le premier album éponyme du groupe vient toujours de là, d’une cabane en bois au bord de l’eau et au milieu des pins, « C’est qu’un premier album fait au milieu du bois, ca sonne roots. Y’avait Antoine Gaillet qui a travaillé avec Julien Doré peut-être ou je sais plus [Antoine Gaillet, qui d’après google a bien travaillé avec Julien Doré, entre autre]… il a fait du rock, et il maitrise le live. On a enregistré avec le son du Hangar et avec la direction artistique de Jérôme Goldet [guitariste de Mathieu Chedid et Jean-Louis Aubert, qui a notamment participé à la création du morceau « Les mots »] et il a fallu qu’on apprenne à travailler en studio. On l’a fait assez humblement, on ne pouvait pas le faire comme sur scène alors il a fallu faire passer l’énergie autrement… Et dans le hangar on a réussi à se poser et à créer une petite communion. C’est un album à notre niveau, peut-être que plus tard ce sera plus rock peut-être pas, faut voir ce qu’il va nous arriver. En tout cas c’est un album qu’on assume parfaitement, qu’on a fait avec plaisir. L’endroit, au milieu des éléments, ca se veut assez cool. Mais il a vraiment fallu qu’on se pose, on était agités mais maintenant on peut s’agiter sur scène. »

Et sur scène, agités ils le sont pas mal. « Ouais j’ai envie d’aller dedans, d’aller les chercher. Sur « le roi & la reine » j’ai envie d’aller les saisir. » Et c’est ce qu’il a fait.
Le temps passe et après qu’Antonin-le-chanteur ait gentiment balancé sur son guitariste, l’intéressé arrive et se pose en silence, le groupe est quasiment au complet. Puisqu’apparemment, d’habitude il fout la merde, on se dit qu’il doit être dans un bon jour. Je leur demande s’ils chanteront toujours en français.
« On est français pour toujours ouais. [Bien vu.] Peut-être qu’un jour on chantera en anglais ou en espagnol. Là on a utilisé un peu d’anglais, sur « mademoiselle », le tout 1er couplet est en anglais. Ca vient en yaourt, ca sort tout seul et après je traduit/translate en anglais. Mais c’est le français qui nous a choisi, c’est plus naturel. Après y a quelque chose de revendicateur quelque part, on peut se faire mieux comprendre, on peut raconter des histoires, on les vit plus. On rend hommage à tous ces gens qui ont écrit en français et beaucoup mieux que nous. Les gens le délaisse un peu donc c’est sympa, c’est perpétuel c’est la tradition. On fait du rock traditionnel, on fait pas du rock’n’roll british. On est du Texas, du Cap Ferret. » Définitivement plus du Cap Ferret que du Texas. Les autres sourient, on se perd.

Sauf qu’ils jouent aussi du rock’n’roll pas british mais américain

Parlons Paola – cette groupie type dont tellement de groupes ont parlé, eh bien Hangar, relativement spécialisé dans le sujet meuf, aborde le sujet dans « Antonin ». Paola, elle existe ? Silence. « C’est toi Paola. [Facile – même pas déconcentrée]. Hmm je suis un peu pudique. N’est ce pas Romain ? [Pas de réaction perceptible de Romain.] Et donc je peux pas tout raconter. Mais oui elle existe bien sur. Même si elle ne s’appelle pas forcément Paola. Je me suis dit qu’il fallait que je prenne le prénom d’une fille que je ne connaissais pas, histoire de pas avoir d’ennui. Le droit à la propriété intellectuelle aujourd’hui c’est compliqué…  le droit à la propriété sexuelle encore plus. [Soit.] Paola elle existe et elle est partout ! C’est un peu la groupie mais en même temps tu la méprises pas du tout, au contraire. Mais tu t’engages pas vraiment avec elle. Cette chanson c’est lui rendre un peu son bien, on est son bien quelque part, si elle qui nous stimule, c’est elle qui donne le côté très féminin de ce 1er album qui nous raconte depuis 6ans. C’est un petit clin d’œil. C’est un trip entre nous. »

Il est prés de 17h, c’est l’heure de la bière, il est temps de finir. Julian Perretta a délaissé la grande scène ; il se recoiffe quelque part près du coq. Hangar parle de Bordeaux, une ville qui les a adopté après un peu de réticence « des groupes comme Noir Désir, Gamines ont vraiment marqué Bordeaux, des groupes assez punk, assez corsés mais poétiques aussi. Ca a donné une direction rock très rigide et on est arrivés un peu en marge de ça. Plus colorés, plus sucré. Plus sucré / salé. » On n’ose pas leur dire qu’il faut choisir. « Mais y’a de l’amour entre nous et Bordeaux ». Restons sur cette jolie conclusion.
Y’a de l’amour.

Un apercu des pratiques musicales d’Hangar

 

Photos par Camille Quancard

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