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Interview // Thot

Thot

Je suis (du verbe «suivre», hein, pas d’erreur !) depuis la sortie d’Ortie… c’est à dire que j’ai pris l’histoire en cours de route. Un groupe qui distribue avec autant de largesse sa musique et fait preuve de tant de générosité envers son public, c’est rare, donc ça interpelle. Après, fan d’électro, de rock, d’électro-rock, leur son ne pouvait que m’accrocher. Pourtant ce qui m’a littéralement fascinée, c’est leur univers. Parce que Thot, ce n’est pas que de la (bonne) musique, c’est aussi un visuel, des histoires. Chaque morceau a son identité, c’est un tout. Pourtant ils s’harmonisent parfaitement et forment un ensemble très cohérent dans , le nouvel album du groupe.

Dans les distorsions électroniques et les riffs de guitares, la musique de Thot prend vit, elle palpite, elle existe. Vegetal Noise, c’est ainsi qu’ils définissent leur son. On pourrait réduire ça à du simple marketing, mais ce serait une erreur parce que c’est la meilleure définition du son original, orgnique, de Thot.
Quand j’ai écouté pour la première fois Obscured By The Wind, j’ai surtout ressenti beaucoup d’émotions. Alors attention, on ne parle pas de musique genre petite berceuse avant d’aller faire dodo, donc plutôt fortes, les émotions. Mais pas que. Les morceaux s’enchaînent oscillant entre violence et douceur, mêlant les influences et des sonorités parfois inattendues comme le gospel ou le raï.

La sortie d’Obscured By The Wind a été l’occasion parfaite pour demander à , l’âme de Thot, de parler de sa musique. Quelques questions plus tard et j’ai compris pourquoi elle me touche autant !

Qui est Thot et quelle est la genèse du groupe? Quelle est l’origine du nom, Thot?
Thot est avant tout mon projet que j’ai crée fin 2003 autour de quelques idées et démos, et qui a pris sa forme actuelle courant 2008, bien que certains remaniements ont eu lieux depuis, avec le départ et l’arrivée de nouveaux musiciens.
Pourquoi Thot? Parce que c’est le nom d’un personnage d’une vieille série animée, « Les Mondes Engloutis » et que c’est le premier nom auquel j’ai pensé. Puis j’ai appris par la suite que c’était le nom de la divinité égyptienne de l’écriture et de la sagesse. Coïncidence que j’apprécie.

Votre stratégie de promotion est totalement novatrice, comment en êtes-vous arrivés à opter pour ce positionnement? Accessoirement, ça doit vous prendre un temps et énergie énormes, comment gérez-vous ça?
Je ne dirais pas qu’elle est novatrice, mais qu’elle a été pensée comme un tout qui allie idées  « stratégie marketing » et idées « narratrices et artistiques ». L’idée de distiller les morceaux de l’album sous forme des singles qui se suivent suivant une narration s’est vite imposée à moi lors de l’écriture de l’album. Après, le contexte actuel des nouveaux mœurs quant à la consommation de l’internet et des outils de promotion sur Internet de plus en plus excitants (réseaux sociaux, divers outils, plateformes d’écoutes, …) ont fait que j’ai réussi, à l’aide d’un ami, puis plus tard conseillé par notre boite de com. et notre manageuse Virginie Berger, à mettre en place cette stratégie à la fois cohérente et sincère avec le public qui suivait déjà Thot, et avec les nouveaux fans.
Effectivement, cela prends beaucoup de temps, d’énergie et demande beaucoup de réflexion. Mais c’est ce que j’ai choisi de faire de ma vie. Thot est mon projet et garder le contrôle que ce soit sur la création musicale ou bien sur l’image, sont des choses qui sont essentielles à mes yeux, donc je ne compte pas les heures supplémentaires.
Pour aller plus loin, cette stratégie a été détaillée sur le site de notre manageuse.

Votre musique est « végétale », unique, mais quelles sont les groupes que vous écoutez et qui ont pu influencer d’une manière ou d’une autre votre son?
Pour ma part, hormis Nine Inch Nails que j’ai beaucoup écouté à l’époque de The Downward Spiral ou The Fragile, je n’ai pas de culture de musique industrielle. Je suis beaucoup plus touché par le rock nerveux de Shannon Wright, la puissance chaotique de Norma Jean ou de I Pilot Daemon, ou l’électronique de Jon Hopkins.
Mais à vrai dire, le son de Thot est plutôt influencé par des sensations ou des images que par des courants musicaux.

Par quelles étapes êtes-vous passés avant de « choper » votre son?
Pas mal de bidouillages sonores, d’essais de couches, de sons de guitares ou de claviers. Et puis je pense qu’une partie du son vient de l’énergie que l’on a injecté dans la façon de jouer les morceaux. Les premières démos sonnaient fort électroniques mais je voulais qu’elles soient plus organiques, et j’ai beaucoup travaillé avec Gil, le batteur, pour influer cette énergie débridée.

Quelle « histoire » raconte Obscured by the Wind?
Obscured by the Wind raconte une envie d’émancipation, de quête de liberté, de course après le temps, de dépassement de soi et d’abandon de l’être dans des émotions vives comme la nostalgie ou le désir ou la peur. Mais Obscured by the Wind raconte aussi une histoire qui fera écho avec la propre histoire de son auditeur. J’ai essayé de construire quelque chose qui laisse de la place à l’interprétation, et j’aimerais beaucoup lire des histoires écrites par des auditeurs autour de cet album. Ont ils rencontré le déplaceur de collines de Moved Hills? Qu’a t-il dit? Et l’interrupteur, l’ont ils trouvé?
Et même si je dis que j’ai essayé de faire telle ou telle chose, je suis convaincu que, que soit dans l’écriture du texte ou des musique, il y a une grande part qui n’est pas sous mon contrôle, qui est le fruit de hasards, d’accidents, ce qui fait que la musique appartient à tout le monde, et ses interprétation aussi.

Comment composez-vous? Qu’est-ce qui vous inspire pour créer votre musique?
Je compose seul. La plupart du temps avec une guitare acoustique ou avec des idées rythmiques. Les morceaux se construisent doucement, autour de l’envie de dégager une émotion, une image. Cet album a été inspiré par beaucoup d’images et de sensations personnelles liées à l’environnement d’où je viens (la campagne). Mais des œuvres comme celles de Milan Kundera ou le Combat Ordinaire de Manu Larcenet ont joués un grand rôle dans mes processus d’écriture.

Vous avez beaucoup joué live. Comment sont vos concerts ? Qu’est-ce qu’ils ont de différent par rapport à vos albums ?
Les concerts sont très dynamiques, avec un coté plus chaotique et incontrôlé. Je vise (et nous visons) vraiment l’énergie et la puissance sonore et émotive avant de viser une interprétation exacte.

En termes de carrière musicale, la carrière de quel groupe te fait le plus « rêver »? (un peu Radiohead j’imagine, mais encore?)
Il y a énormément de groupes dont j’admire les carrières, qu’elles soient niveau musical ou même intégrité/longévité. La carrière de Radiohead ne me fais plus rêver car j’estime qu’ils devraient arrêter ou bien changer totalement de registre musical. Je suis plutôt impressionné par la quasi inexistence de Burial en dehors de ses albums ou Ep: presque aucune interviews, aucun lives, rien que des albums qui ont vraiment apporté du frais dans la musique électronique du milieu des années 2000.
Sinon, Shannon Wright pour sa sincérité et son absence de concessions dans ses disques: ce qu’elle fait vient directement de son cœur, c’est brut.

Quelle est la musique que tu écoutes en ce moment?
Seefeel, Nox (trio belge à découvrir), Burial, le dernier album de Pneu, Ramona Falls (je ne décroche pas depuis un an), le dernier Stateless (magnifique), Ali Farka Touré, entre autres.

Obscured by the Wind peut s’écouter comme un tout, mais si vous deviez en extraire un morceau pour que ceux qui ne connaissent pas le groupe le découvre, lequel ce serait ?
Je te retourne la question, pour moi, chaque morceau est représentatif à sa façon!

Puisqu’on me demande mon avis : je n’ai pas de réponse à cette question tordue ! Mais pour prendre à contre-pied tous les effets studio et le travail autour de la musique de Thot, je choisis la vidéo d’une version acoustique live de enregistrée pour une radio belge. Ensuite, je ne peux que vous encourager à télécharger Obscured By The Wind sur le site du groupe pour y retrouver la version originale.

 


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