Ifriqiyya Electrique @ Espace Django

Amateur de métissages musicaux improbables, le passage de Ifriqiyya Electrique à l’Espace Django m’intriguait beaucoup. Le groupe propose un mélange de musique de rituel adorciste venu tout droit de la région de Tozeur dans le désert tunisien et de post-indus carburant aux boîtes à rythmes et aux grosses guitares saturées. À première vue, ces deux mondes n’étaient pas faits pour se rencontrer, et pourtant en y regardant de plus près le but poursuivi est le même : la transe.

Ce soir-là, nous avions 4 musiciens comme guide pour nous accompagner dans ce rituel de guérison. D’un côté, la basse et la guitare, de l’autre un chanteur et une chanteuse accompagnés de leurs qraqebs façon Gnawa.

Outre le fait que la formation est plutôt originale, nos musiciens ont délaissé la scène pour aller se positionner chacun dans un coin de la salle. Sur la scène, il ne reste qu’un écran qui nous introduira à la mythologie du rituel de Sidi Marzûq sur fond de route désertique, pendant que les musiciens s’installent autour du public. Nos deux chanteurs placés devant l’écran commencent a cappella, avant que la boîte à rythmes et la basse/guitare ne se mettent en route. 

Les 15 premières minutes seront relativement étranges du fait de cette configuration originale : le public ne sait pas trop où regarder et semble un peu intimidé par la proximité avec les musiciens, alors on se rabat sur l’écran qui diffuse des images du rituel d’origine. Petit à petit, cette situation force les gens à s’impliquer dans le concert, il n’y a plus  “le coin tranquille vers la régie” où boire sa bière en bavardant avec son voisin : on est cerné par les musiciens. Alors on passe doucement de l’état de spectateur dérouté à celui d’acteur de cette étrange cérémonie, tandis qu’à chaque coin de la salle nos 4 musiciens donnent tout.

Autre point un peu déroutant, la boîte à rythme et autres samples sur lesquels se posent les musiciens. Outre le fait qu’on ne sait pas trop où regarder, on ne sait pas non plus qui joue ces sons : l’humain ou la machine. Dans certaines images de leurs précédents concerts, on pouvait voir le groupe accompagné d’un percussionniste. Peut-être que ce dernier manquait un peu ici, afin d’associer un visage humain à la rythmique.

La transe musicale est un plat qui doit bien mijoter pour révéler toute sa saveur, et après un départ déroutant, l’ambiance de l’Espace Django se réchauffe petit à petit pour atteindre son paroxysme après une heure de montée. On déambule alors dans la salle, au milieu d’un public possédé par la musique, porté par le rythme infernal des qraqebs et des machines : la performance a porté ses fruits.

Je m’attendais à une soirée surprenante vu la nature du projet, mais Ifriqiyya Electrique a clairement poussé le concept un cran au-dessus en investissant la fosse pour se mêler au public, comme on pourrait l’être dans une cérémonie mystique aux portes du désert tunisien :  une soirée à vivre comme une performance.

Leave a Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *