Tinariwen @ La Maroquinerie

Tinariwen @ La Maroquinerie

, pilier de la scène musicale touarègue, est à à Paris pour trois dates. Guitares électriques, chèches et chants traditionnels du Sahara racontés en images.

par Olivier Hoffschir

Originaires de Tamanrasset en Algérie et de la région de Kidal au nord du , dans l’Adrar des Ifoghas, Tinariwen rend hommage à ces montagnes sahariennes dans lesquelles ils ont grandi, désormais occupées par des djihadistes trafiquants. Depuis leurs débuts, Tinariwen véhicule un message de paix pour la communauté touarègue et chante l’Assouf, la nostalgie en tamacheq, la langue des touaregs.

OH8_8583

Le public est tassé dans la petite salle de la Maroquinerie, il fait déjà chaud lorsque le groupe monte sur scène. Drapés de chèches et de turbans traditionnels, les musiciens décrochent les premiers sons de guitare, on décolle.

Le son électrique et lancinant transporte. Les têtes du public vacillent doucement, emballées par les riffs et la mélancolie qui se dégage de cette musique. Les musiciens s’échangent leurs guitares, jusqu’à quatre sur scène en même temps. Les morceaux deviennent plus ardents, l’ambiance monte au fil du concert jusqu’à la transe, une transe venue du désert portée par ces voix rugueuses.

OH8_8605

En février, le groupe publie son huitième album « Elwan ». Enregistré en exil entre le Maroc et la Californie car trop dangereux de le faire à Kidal (nord du Mali), ville dont la plupart des membres du groupe sont originaires, où sévissent encore trafiquants et djihadistes.

OH8_8488

« Elwan » signifie « éléphants » et désigne « ces hommes qui écrasent tout chez nous, qui veulent être les plus forts » résumait Abdallah, un des leaders du groupe.

Un album emprunt de riffs électriques et sablonneux, des morceaux parfois mélancoliques et comme souvent militants. Dans « Ittus » (« Notre objectif »), une voix éraflée s’interroge: « Quel est notre objectif? C’est que notre communauté soit rassemblée. Un jour, on va voir le drapeau tamasheq sur notre territoire ».

OH8_8623

Le territoire des touaregs : les déserts, appelés tinariwen en langue tamasheq. Un peuple connu par le passé pour son nomadisme dans le Sahara, se nomment eux-mêmes « Kel Tamatsheq », « ceux de langue tamasheq », ou « Kel Taggemoust », « ceux qui portent le voile ». Ce sont des peuples de culture Amazigh (Berbère) qui utilisent une écriture très ancienne appelée le « tifinagh ».

OH8_8647

Plutôt considéré comme un mouvement culturel ou un courant musical, la formation n’est pas figée. Les artistes participent à leur guise aux différents projets, même si les leaders Ibrahim ag Alhabib « Abraybone » et Alhousseini ag Abdoulahi « Abdallah », compositeurs et guitaristes, perdurent et assurent la continuité.

OH8_8664

Dans les années 1990, certains membres du groupe ont participé à la rébellion touareg face au gournement malien de l’époque.
On raconte que certains touaregs ont mené la rébellion arme à la main, guitare électrique dans le dos.

Formés dans les camps libyens de l’ancien dictateur Mouammar Kadhafi, ils ont pris les armes pour revendiquer leurs droits. Après l’accord de 1996 avec le gouvernement malien, les riffs de guitare ont définitivement pris le dessus sur la kalachnikov.

En 2006, Jérémie Reichenbach réalise Teshumara, les guitares de la rébellion touareg, un documentaire qui révèlera davantage ce groupe. Il évoque la naissance de la formation musicale dans les années 1990, pendant le soulèvement du peuple touareg face à la répression malienne.

OH8_8709

Tinariwen a un vrai public en France, « on vient de Kidal, au nord du Mail, mais on ne se présente plus ici, on se connait n’est-ce pas ? » questionne Abdallah entre deux morceaux. Et pour cause, la Maroquinerie a annoncé trois dates il y a déjà plusieurs mois, du 18 au 20 mars, toutes trois affichaient complet.

Article initialement publié sur Mediapart
Photos : Olivier Hoffschir
Texte : Thomas Petitberghien


Leave a Comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *