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Le « J’accuse » de Damien Saez

A la question qu’est ce qui est rock ?  Thomas VDB en comique-critique expliquait qu’il y avait les artistes qui étaient bon pour le milieu de la scène et les autres qui devaient aller cirer les sièges en backstage. Alors le « J’Accuse » de Damien Saez allait se retrouver au centre ou à la périphérie des chanteurs-disques  rock ? Comme on s’est en plus focalisé sur le visuel du disque, avec cette fille dénudée dans un caddie, on en a oublié de parler de la musique.


Et la musique dans ce disque est franchement top. Si vous êtes attaché à de la belle ouvrage tant pour l’auteur que pour le compositeur : courrez l’écoutez. C’est Rimbaud qui aurait rencontré Mozart sans connaitre l’opéra rock pour français moyen.


Comme en contre-pieds à l’évidence du style, l’album commence par « les Anarchitectures » et une structure proche de la prestation de Saez aux Victoires de la Musique quand il a commencé à réciter un poème à capela ou sur une piste de son triple album « Varsovie – L’Alhambra- Paris ». Une déclamation rageuse pour s’échauffer ‘brutaltranquillement’ et passer ensuite au gros du disque : de la puissance, de la rage, de l’électricité, à faire péter n´importe quel multimètre. Plus que rock, il serait juste de qualifier cet album d’énervé et contestataire chanté par un personnage crée par l’auteur. De ses  précédents albums autobiographiques s’il fallait, Saez semble plus détaché de sa personne, moins égocentrique, plus ouvert sur le monde qui nous entoure.


Dès « Pilule » et sur beaucoup de pistes c’est du lourd, avec des chansons orientées sur la révolte du monde actuel qui broie, qui fait plier les humains en carton sur bouche de métro. C’est aussi dénoncer les dérives de la société comme dans « Des P’tits Sous ». Sans aucune attaque frontale se référant à un gouvernant ou une politique : un constat global et très instructif de la morne société 2010 axée sur le constat d’un individualisme forcenée, d’un globalisation bête et méchante.  C’est donc le poing levé et peut être avec des cons exaltés qu’il pourra cracher ses accusations sur scène. Chanter pour dénoncer ou se rappeler d’une époque plus libertaire que libérale via une  dernière « Cigarette » proscrite comme ses affiches. C’est surtout un disque ou le texte n’est pas phagocyté par la musique. L’un entraine l’autre et vice versa. La chanson « J’accuse » pourrait bien remplacer le piètre « Antisocial » un rien beauf-vieux et permettre de danser sans scrupule dans les soirées de tout ordre.


Claquer 14 pistes de noirceurs aurait eu bonne presse dans le giron des révolutionnaires dépassés par les événements et heureux de trouver un porte-voix. Heureusement pour lui Saez se sort très bien de cette gageur rebelle par des contrepoints ensorcelants. Loin d’être un éléphant dans un magasin de porcelaine, il se fait chat cherchant sur les toits brulants une âme complice pour se sauver du pire de nous. En équilibre du foulard rouge et du grand soir, c’est un disque d’hymnes à la vie et à la passion. Certes il y a des coups de pieds aux culs mais il y a aussi des braises ardentes. Il accuse ses contemporains en donnant  des issues contemporaines. Et celles-ci seraient résumées par « L’avenir de l’homme c’est la femme ». C’est en tout cas ce que Saez semble croire. La solution de toute cette noirceur il la trouve dans la femme et l’amour. Dans l’amour qui rend fou, dans l’amour qui rend malade et joyeux, dans sa « Lula » que n’aurait pas renié Serge Rezvani s’il avait eu 20 ans aujourd’hui. Pour un type taxé de misogynie il y a quelque chose de burlesque.


Dans « Marguerite », ou dans « Regarder les Filles Pleurer » il divise son chant orageux avec une mélopée plus douce. L’album se conclue par un « Tricycle Jaune » plein d’espoir. Si on plus le droit de rien ici bas sauf d’ouvrir sa gueule pour hurler au vent et y croire encore, ce « J’accuse » est une belle preuve de désobéissance civique et de passion déchaînée. Il faut une bonne trentaine d’année pour qu’un homme quitte l’adolescence et retourne en enfance. Damien Saez est le meilleur exemple de cette victoire.





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