Interview // Sacred Animals

Interview // Sacred Animals

 

Parfois on a besoin de musique comme d’un cocon pour se réconforter. Perso, j’ai trouvé ma musique-cocon : celle de . Ce «groupe», c’est en fait le projet solo de qui n’est pas un débutant puisqu’il a déjà officié dans plusieurs formations avec certain succès dans son Irlande natale et au-delà. Son premier EP, , sorti en octobre dernier est disponible gratuitement sur bancamp.

Sa musique a quelque chose de féerique. Le son est épuré et la voix apaisant de Darragh révèle parfois une certaine fragilité. On frôle parfois la berceuse, mais ça fait du bien parfois d’écouter quelque chose de calme et d’apaisant. Apparemment, c’est le reflet de la personnalité de Darragh qui se révèle très attachant, la preuve en quelques questions.

 

Qui est Sacred Animals ?
A la base Sacred Animals, c’est moi. Darragh. J’écris, j’enregistre, j’arrange et je chante toutes mes compositions dans le petit sanctuaire qu’est ma chambre. Quand je dois me produire, Mark Colbert assure à la batterie et me seconde à la voix tandis que la partie piano est assurée par Dek Hynes.

Quelle est l’histoire de Sacred Animals ?
J’ai fait partie de deux groupes avant de créer Sacred animals. J’écrivais les morceaux mais je ne faisais que collaborer à l’écriture finale et aux arrangements. De chacune de ces expériences, j’ai beaucoup appris, que ce soit sur l’écriture, le processus de création, ma manière de jouer mais aussi sur les relations humaines qui existent dans un groupe. J’ai travaillé avec des musiciens géniaux et j’ai adoré écrire avec eux. Mais cette fois j’avais envie de voir si je pouvais tout faire seul et à quoi ça ressemblerait si j’interprétais mes propres compositions. En m’isolant avec du matériel d’enregistrement, quelques micros, j’avais envie de modifier toute la dynamique d’enregistrement à laquelle j’avais été habitué pour voir si ça pouvait avoir une cohérence et donner un son qui me plaise. Je suis en train d’y parvenir.

Si tu devais décrire ta musique, qu’est-ce que tu dirais ? Quelles sont ses influences ?
C’est vraiment un cliché éculé mais c’est très difficile de décrire sa propre musique. C’est un peu comme si tu vivais dans une bulle que tu t’es dessinée et que quelqu’un te demande de quoi ça a l’air vu de l’extérieur. Je veux dire tu l’as créée de l’intérieur mais tu n’as absolument aucune idée de la manière dont elle est perçue de l’extérieur… Donc je dirais que ma musique est éthérée, mélancolique et sombre. Le genre de musique qui met du temps à appréhender dans son ensemble. C’est en tout cas l’intention que j’y ai mise.

Quand j’ai commencé à travailler sur ce projet, j’écoutais beaucoup des musiciens comme Bon Iver, Thom Yorke, Grizzly Bear et Beach House. Des morceaux calmes avec des arrangements et des instrumentations intéressants. Mes influences varient et s’enrichissent en permanence. Même si mon style d’écriture va rester un peu le même, tu te nourris de tout ce qui t’entoure, les humeurs, les vibrations, tes états d’âme, ce que les gens disent ou font. Parfois c’est le rythme d’une chanson que tu a écouté il y a des années qui émerge des volutes de l’inspiration. Ou alors c’est un nouveau morceau que tu viens de découvrir et qui te donne envie de créer quelque chose qui sonne aussi bien… même si ce que tu crées est au final assez éloigné du point de départ. Un peu comme quand on commence à s’avancer dans la mer et qu’on se rend compte qu’on s’est trop éloigné de sa serviette et de ses affaires. Parfois, tu t’assois avec une guitare ou un clavier et les accords, les mélodies et les mots te viennent en tête. Et parfois ça vient juste comme si quelqu’un d’autre écrivait à travers à moi, j’aime quand ça se produit.

Comment travailles-tu à la composition de tes morceaux ?
C’est un peu un processus permanent d’élimination. J’écris tout le temps. J’ai toujours des morceaux en cours d’écriture, certains vont plus être évidents et s’imposer à moi, d’autres vont surgir alors que je suis en train d’enregistrer une autre chanson.

Mon processus d’enregistrement est assez lent et sporadique parce que je ne veux pas forcer mon écriture. Quand je sens qu’une partie ne colle pas, je la mets de côté mais j’y reviens plus tard, sans même y penser et alors elle s’écrit d’elle même. Ma théorie, c’est que les chansons et les mélodies sont timides, elles ne surgissent que quand elles pensent que personne ne les verra. Je commence généralement avec un brouillon de texte et quelques notes sur ma guitare. Après ça évolue tout au long de mon processus d’écriture. Je construis, j’affûte, je coupe, je change et je chantonne jusqu’à ce que j’aboutisse à un résultat qui me convienne. Ensuite je reprends le texte de départ, qui a très certainement évolué pendant le processus et je re travaille dessus comme pour la mélodie. Même si je commence toujours avec la partie vocale, c’est la dernière à être ajoutée avant les derniers arrangements et le mix. Je me suis souvent demandé comment les autres musiciens travaillent et si les chansons sont le résultat d’un processus ou si le processus aboutit au morceau.

Et Welcome Home, ton premier EP, qu’est-ce que ça représente ?
C’était un peu une expérience sur le son et les vibrations. Je savais à peu près quel type de son je voulais donc avec quels instruments travailler et c’est ce qui a modelé l’album. Je voulais qu’il soit «organique» en quelque sorte et au final ça a donné quelque chose d’assez proche. Mais, encore une fois, j’ai vraiment l’impression qu’il s’est construit tout seul, un peu inconsciemment. Le nom de Sacred Animals s’est aussi imposé peu à peu au cours de l’enregistrement donc on peut vraiment dire que la musique a tout influencé. Chosen Seed est le premier morceau que j’ai enregistré. Still Removed était déjà écrite mais je voulais lui donner un peu de temps avant de l’enregistrer. Aujourd’hui j’ai lu quelque part qu’on ne finissait pas un album, on l’abandonnait. C’est très vrai, les textes et la mélodie évoluent, ton écoute évolue, les noms changent, les arrangements aussi et à un moment donné tu stoppes ce processus et tu te dis, «voilà, on y est, c’est comme ça que ça s’appelle, c’est le titre de l’EP».

Si après avoir écouté Welcome Home on vient voir Sacred Animals sur une scène, à quoi est-ce qu’on peut s’attendre ?
De nouveaux morceaux, des erreur, de l’appréhension. Mais, pour la première fois depuis que je me produis sur une scène, je me sens à l’aise. Je ne saurais pas dire pourquoi. Mais en règle générale, je suis plutôt quelqu’un de timide sur scène. Pas un genre de paon, plutôt un type qui écrit des chansons et qui vient les interpréter. On tourne depuis 6 mois et chaque concert me paraît être meilleur que le précédent. Se produire aux États-Unis avec 9 concerts en une semaine et demi, c’était aussi génial. J’apprécie chacun de ces concerts et de jouer avec d’autres groupes géniaux. Avec la plupart des autres groupes, il y a cette camaraderie qui s’instaure et c’est idéal pour moi qui suis plutôt quelqu’un de solitaire. Le live, c’est un peu le ying de mon yang.

Un concert mémorable en particuliers ?
Là immédiatement je pense au premier concert dont nous étions les têtes d’affiche à Dublin. C’était il y a quelques mois. Au moment d’entamer le troisième ou le quatrième morceau, pour une erreur stupide de ma part, j’ai complètement merdé sur l’intro. Grâce à un incroyable enchaînement de circonstances cosmiques, une fille devant la scène laisse tomber son verre qui éclate au même moment. Bon on a quand même entendu mon plantage, mais ça m’a permis d’avoir un truc à raconter pendant qu’on riait et qu’on recommençait le morceau. Je n’ai jamais pu remercier la fille, qui s’est certainement éclipsée très embarrassée… alors si jamais elle lisait ces mots : merci beaucoup à toi, «fille-au-verre-cassé» !

En ce moment, tu écoutes quoi comme musique ?
Perso, je suis une vraie victime de la génération téléchargement. J’écoute énormément de musique qu’elle soit nouvelle ou ancienne. En ce moment, ce que j’écoute le plus c’est Porcelain Raft, Cults, Memoryhouse, Portishead, Braids, Oupa, Girls Names, Echo Tongues, Youth Lagoon, Foxes In Fiction, Lower Dens, Ford & Lopatin, Craft Spells, mais ce sera certainement autre chose la semaine prochaine (Note de moi : avec le temps que j’ai mis à transcrire cette interview, il est certainement passé à autre chose !). Ces six derniers mois, les albums que j’ai le plus écoutés sont ceux de Lower Dens et Twin Shadow.

Est-ce que tu as un souvenir d’enfance particulier sur ta découverte de la musique ?
Je me souviens avoir farfouillé dans les vinyls de mon père et d’y être resté des heures. Il y avait une compilation des Beatles. Mon père n’a jamais été fan des Beatles au point d’acheter les albums, mais il avait I Am The Walrus. Quand je l’ai mis sur la platine et que le son a jailli des enceintes j’en ai pris plein les oreilles. La batterie était distordue, la voix de Lennon était exaltée, les paroles n’avaient aucun sens et sonnaient bizarre, mais ça formait un tout d’une simplicité incroyable avec un rythme imparable. J’ai écouté et ré écouté ce morceau des millions de fois à la suite. Bon, j’ai quand même écouté autre chose depuis !

Comment te positionnes-tu dans l’industrie musicale telle est en train de devenir ?
Question piège. Est-ce qu’on peut encore parler de l’industrie musicale ? Je fais de la musique, point. Si les gens aiment, c’est génial. C’est pas fabriqué, il n’y a pas de plan derrière tout ça, il s’agit juste de créer ou de laisser quelque chose prendre vie à travers toi. Je veux juste faire de la musique. Ca me rend heureux et je m’améliore. L’industrie de la musique est une amibe géante en évolution constante, elle prend différentes formes mais elle demeure là et le restera toujours. Sous quelle forme ? On verra.

Si tu devais conseiller un morceau pour découvrir ta musique, lequel serait-ce ?
Peut-être celle  qui a donné son nom à mon EP, Welcome Home. Je n’aime pas parler du sens de mes morceau et de ce qui me les a inspirés, mais ce titre parle de quelqu’un qui me dit qu’après tous les détours métaphoriques que j’ai pu prendre, j’ai enfin trouvé ma place, ma maison.

 


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