Aurelio – Nafagua // Live Session

est hondurien mais avant tout , ce peuple des Caraïbes issu d’un métissage entre les esclaves africains et les Arawaks. Rencontre en musique à l’occasion de la sortie de son dernier album Darandi.

Héritier de la culture Garifuna, Aurelio est de passage à Paris pour la sortie de son dernier album Darandi et pour un concert à l’Alhambra, dans le cadre du festival Au fil des voix.
La rencontre a été organisée dans un petit appartement parisien du XIème arrondissement. Il nous jouera « Nafagua », un morceau doux et subtil qui évoque l’amour pour une femme défunte.

Darandi, un album rétrospective de trente années de carrière

Presque fortuit, l’album a été enregistré dans le studio de Real World Music à l’occasion de son passage au Royaume-Uni. Il réunit l’ensemble de son groupe, tout est enregistré tel quel, « comme un concert » nous décrira-t-il.
Cette musique, la , est un délicieux mélange de rythmes traditionnels Garifuna et de sonorités latines : une musique métisse à la croisée des sons caribéens, afro et latins.

Fier représentant de la culture Garifuna, il s’agit alors pour Aurelio d’une nouvelle opportunité pour évoquer son peuple et sa culture à travers ces douze morceaux. Il nous parlera de son histoire, de son peuple et des combats qu’il mène à travers sa musique.

« La musique apparait dans tous les aspects de la vie des Garifuna »

Les Garifunas sont nés d’un métissage presque inopiné au cours du XVIIe siècle. Un navire d’esclaves africains évadés s’échoue sur la côte de l’île Saint-Vincent où vivent les Arawaks, des autochtones insulaires des Caraïbes. Leur mélange donnera naissance aux Garifunas, qui après des massacres par les forces britanniques, quitteront les îles pour s’installer sur la côte de l’Amérique centrale.
Aujourd’hui les Garifunas vivent principalement sur les côtes du Belize, du Guatemala, du Nicaragua et du .

Difficile d’exister lorsque seulement un demi-million de personnes représentent un peuple. Aussi, la culture n’est pas transmise aux nouvelles générations et le lieu de vie côtier attise inévitablement les investisseurs du secteur touristique.

« Notre travail est de renforcer l’estime du peuple Garifuna à traverse cette musique »

Aurelio
Aurelio

Aurelio mène ce combat. Il nous parle alors de lutte contestataire pour faire reconnaître son peuple. En suivant les traces d’Andy Palacio, chanteur du Belize décédé jeune et étendard de la culture Garifuna, Aurelio porte aujourd’hui ce lourd drapeau.

Au-delà des frontières de cette région, la culture Garifuna est aujourd’hui reconnue, et ce, en partie grâce à ces deux artistes renommés.
La langue, la danse et la musique des Garifunas, désormais inscrites au patrimoine culturel de l’Unesco, sont des piliers de leur reconnaissance « la musique est très importante dans notre culture car elle apparait dans tous les aspects de la vie des Garifuna » soulignera-t-il.

Plaplaya, petit village côtier du Honduras entouré de mangroves et difficile d’accès est le décor qui a vu naître Aurelio. Un lieu hors du temps, une période pour le jeune hondurien « où il n’y avait pas besoin de faire le tour d’une clôture pour rendre visite à quelqu’un », pas de propriété privée, une communauté axée sur le partage où « il était commun d’écouter des tambours toute la nuit ».

Aurelio raconte sa culture comme une jolie histoire qui n’est plus.
La jeunesse Garifuna s’est détachée de cette culture, abreuvée de culture occidentale et de R&B. Les plus jeunes ne parlent plus la langue, qui est absente de tous les manuels scolaires.

C’est ce combat auquel s’attache Aurelio. « Le travail que nous essayons de faire, à travers cette musique, est de renforcer l’estime du peuple Garifuna, en suivant des exemples positifs de notre propre culture. »

« Ça me coûte de parler de mon expérience politique »

Cette lutte, il l’a aussi menée en politique. D’abord élu local à La Ceiba, une ville côtière du Honduras, il sera pendant quatre années député au Congrès National -équivalent de notre Assemblée Nationale-. Ce sera le premier député Garifuna de toute l’histoire de son pays.

Quatre années de « bataille contre les discriminations », où il était président de la commission des ethnies, « parce que cette partie n’intéressait personne ».
Ce combat s’avère plus difficile que prévu, « c’était frustrant ».

« Mon travail politique a été une lutte pour inclure les peuples minoritaires, pour le peuple Garifuna et pour les autres cultures minoritaires du Honduras. Je n’ai pas trouvé dans la structure politique l’appui ou les moyens financiers pour changer les choses. Les politiques de mon pays se concentrent davantage sur les sujets qui rapportent de l’argent. La considération des peuples indigènes ou des minorités est marginale. »

Après cette difficile expérience, Aurelio revient à sa musique. Son combat semble plus efficace à travers ses textes où il n’a de cesse de nous conter l’histoire des Garifunas, une histoire de minorités perpétuellement en exil et peu considérés.

Article initialement publié dans Le Club de Mediapart


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